Enfin, le marché des droi
Laurent Pinsolle : Marché des droits à polluer : l’UE a tout faux !
Le 16 avril dernier, le parlement européen a refusé de retirer temporairement une partie des droits à polluer, accentuant la chute du prix de la tonne de carbone, passée sous les 3 euros, alors qu’elle cotait 20 euros il y a deux ans. Un exemple qui synthétise tout ce qui va mal dans cette Europe.
Dogmatisme néolibéral
Dans l’absolu, la solution du marché des droits à polluer semble élégante et efficace. Elle permet de fixer des paliers de réduction d’émission de CO2 et de laisser les acteurs les plus efficaces se répartir l’effort de baisse des émissions par le jeu du marché. Malheureusement, le marché des droits à polluer montre encore une fois que les mécanismes du marché sont plus que perfectibles. Et en décidant de laisser l’offre et la demande fixer le prix du CO2, l’Union Européenne s’est trompée.
En effet, le problème des marchés est qu’ils sont exubérants et irrationnels. Le prix du carbone était tombé de 25 à 8 euros la tonne pendant la crise, il est remonté à 20 euros, avant de tomber à 7-8 euros. La crise et le refus de retirer des droits à polluer ont fait plonger les cours à 2,75 euros ! Résultat, ce sont les centrales à charbon qui sont les plus rentables aujourd’hui : 69 vont être construites dans les prochaines années ! De plus, l’instabilité des cours est très négative pour les investissements dont la rentabilité devient très aléatoire. En l’absence de certitudes, beaucoup de projets sont gelés.
Des lobbys et de la bureaucratie arbitraire
En fait, ce cas précis démontre toute la difficulté qu’il y a à fixer le bon quota de droits. L’UE en a trop émis. Résultat : le prix s’est effondré et les acteurs du marché ne sont pas incités à faire des efforts, bien au contraire. Pire, dans le cas de l’UE, devant la colère des industriels qui y voyaient un coût supplémentaire dans une compétition internationale où leurs coûts sont déjà trop importants, des droits ont été donnés, ce qui représente une subvention déguisée et pollue le mécanisme.
En outre, il est bien évident que ce sont les lobbyistes les plus efficaces qui ont obtenu le plus de droits, en dehors de tout mérite objectif… Et là, tout le monde sait qu’à Bruxelles, les lobbys sont rois, faisant et défaisant les réglementations en fonction de leurs intérêts. En fait, même The Economist a reconnu que le mécanisme le plus efficace pour taxer les émissions de CO2 est une taxe uniforme dont la progression serait annoncée à l’avance pour favoriser les investissements.
L’oubli de la contrainte extérieure
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